27 février 2013

SENEGAL : Rebonds avec... El Hadji Mor Makha DIALLO (DUC) : « Soutenir mon doctorat et gagner la Coupe du Sénégal »


Capitaine du Dakar université club, El Hadji Mor Makha Diallo est un modèle de réussite du concept sport-études. Doctorant en Physique, il a pour ambition de soutenir sa thèse et de gagner la Coupe du Sénégal, seul trophée qui lui manque.
Samedi à Marius Ndiaye. Au sortir d’une rencontre difficile de quart de finale de Coupe du Sénégal contre l’Uso, El Hadji Mor Makha Diallo, le capitaine du Duc, savoure un peu la victoire de son équipe. Sur les travées de Marius Ndiaye, Ass Diallo, comme le surnomment ses coéquipiers, traîne sa longue silhouette. Tablette à la main, il donne des explications à une jeune fille. Sur l’écran, des cours de physique. Ass, doyen de l’équipe universitaire, explique un sujet. En effet, le capitaine des Etudiants de Dakar enseigne la physique quand il est en dehors du terrain. Sur le parquet, Capitaine Diallo n’a plus ce temps de jeu et le rendement des années précédentes. Ce qui faisait de l’ailier fort du Duc, une pièce maîtresse du dispositif de l’entraîneur Sir Parfait Adjivon. Ce n’est pas parce qu’il n’a plus les jambes, mais le manque du temps fait qu’il ne peut plus suivre les entraînements comme les autres joueurs. « J’ai les jambes pour continuer, mais c’est le temps qui me manque », explique-t-il. Le capitaine du Duc prépare une thèse d’Etat en Physique et donne des cours aussi dans certains établissements de Dakar.
Ainsi, entre ses recherches et ses enseignements, Ass ne dispose que « de peu temps pour s’entraîner ». « Je prépare une thèse d’Etat en Hydraulique. Ce qui fait que j’ai un agenda chargé. Du lundi au vendredi, mon emploi du temps est bourré de 8 heures à 22 heures avec une petite pause. Mais j’arrive à m’entraîner tous les jours », poursuit Ass Diallo. Aujourd’hui, Capitaine Ass qui est dans sa dixième année de présence dans l’équipe du Duc, espère continuer à jouer au basket et refuse de parler de retraite. Dans son viseur : gagner la Coupe du Sénégal qui manque à son tableau de chasse avant de raccrocher. « J’ai gagné pas mal de trophées avec le Duc : 2 championnats, 3 Coupes de Saint Michel et 3 Coupes du maire. Il ne me reste que la Coupe du Sénégal à gagner ».
De sa carrière au Duc, Ass ne garde que de bons souvenirs, mais celui qui reste toujours vivace dans sa mémoire de basketteur, c’est la demi-finale de Play-offs remportée contre l’As Douanes en 2007. C’est que les Etudiants avaient perdu la manche aller avec 17 points d’écart qu’il fallait combler au retour pour espérer aller en finale. Une tache difficile que les joueurs du Duc ont pourtant réussie. « C’était le meilleur match de ma carrière. J’avais senti, lors de cette rencontre, toute une équipe se donner à fond et cela m’avait vraiment touché », se souvient le natif de Thiès. Ayant grandi au quartier Ballabey connu dans la cité du Rail comme un creuset de basketteurs, Ass a fait sa petite catégorie à l’Us Rail dont le terrain d’entraînement était à quelques jets du domicile familial. Après l’entrée en 6ème, il rejoint le Prytanée militaire de Saint-Louis pour son cursus secondaire avant de rejoindre Dakar. A l’école militaire, il a continué son apprentissage du basket et a même joué dans les championnats militaires où il a été « plusieurs fois Mvp ». C’est en jouant pour l’équipe de cette école qu’il a été repéré, pour la première fois, par des recruteurs américains pour aller en High school aux Etats-Unis, mais l’armée a refusé de le libérer. Arrivé à Dakar, il eut aussi l’occasion de partir à l’étranger quand il était au Duc. « Quand je suis venu à Dakar, j’ai eu des contacts pour partir dans les pays arabes. Avec mon cursus, je préférais plus les études que le sport. En ce moment, j’étais en licence et je me suis dit qu’aller dans ces pays, c’est la même chose que rester au Sénégal », explique-t-il. Des regrets ? « Non, je ne regrette rien. Aujourd’hui, je prépare une thèse d’Etat et ce n’est pas rien. En plus, mon père voulait que je poursuive mes études ». Des études qui sont une vraie passion pour lui. Agé d’une trentaine d’années, il est contre l’option des jeunes basketteurs qui délaissent leurs études pour le sport. « Je vois des jeunes qui ont tendance à abandonner les études pour jouer au basket. Ce n’est pas intéressant. Le sport n’est pas professionnel au Sénégal. Si tu te blesses, les gens te laissent à côté. Le meilleur moyen, c’est de continuer les études tout en faisant du sport, en gérant bien son temps. Moi, j’étais à la Faculté des Sciences qui était très difficile, mais j’arrivais à suivre mes études tout en continuant ma carrière sportive. Ce que je conseille aux jeunes, c’est de continuer leurs études et de consacrer 2/5 de leur temps au sport. Un sportif ne s’entraîne pas plus de 3 heures par jour. Un jour dure 24 heures et on a largement le temps de suivre ses études ». Paroles de physicien…